L’Institut d’Etudes Politique de Grenoble et Grenoble Ecole de Management/Ecole Supérieure de Commerce prépare la création d’une Chaire « CONVERGENCES » autour des métiers de l’information et de l’innovation numérique. La chaire est conçue comme un dispositif pédagogique et d’expérimentation sur le thème des mutations du journalisme et des médias liées à la généralisation du numérique et de l’Internet comme outil de production, de diffusion et de réception de l’information. Elle est portée par Sciences Po Grenoble et GEM-ESC Grenoble, en partenariat avec des acteurs économiques du secteur des médias intéressés par son activité. L’Association pour le Journalisme, l’Information et l’Internet en Rhône-Alpes ( AJIRA) suit le projet avec intérêt. Nous présentons ci-dessous la chaire telle que la présente un texte fourni par les porteurs du projets, texte que nous avons simplement allégé à la marge.
La Chaire sera dirigée par un coordinateur scientifique en relation avec un conseil scientifique réunissant ses partenaires. Dotée d’un budget de fonctionnement, elle organise chaque année une conférence, des cours et des séminaires. Elle se distingue cependant d’un simple dispositif d’expertise scientifique par la création et la gestion d’un incubateur de projets innovants en matière de convergence numérique de l’information. des projets portés par des entreprises pourront être étudiés, soutenus ( intellectuellement) par la Chaire.
Le projet part du constat suivant. Les médias d’information ont connu dans les années récentes une révolution en grande partie provoquée par la généralisation des technologies numériques de production, de diffusion et de consommation de l’information. Ces technologies ont recomposé les équilibres traditionnels sur lesquels ont été fondés les médias de masse, autour de nouvelles convergences entre acteurs (producteurs et consommateurs, professionnels et amateurs, etc.), entre organisations et supports (éditeurs de contenuset fournisseurs d’accès, journalistes de presse écrite et producteurs multimédia, etc.),entre pratiques (consommation et production par exemple avec les réseaux sociaux).
Le double marché mis en péril
Ces mutations sont nettement visibles dans le domaine des modèles économiques permettant le financement des contenus. Le traditionnel « double-marché » ( lecteur-publicité) inventé au19ème siècle semble très menacé. Alors qu’il a longtemps permis le financement des contenus par les annonceurs et les lecteurs, la lente érosion du lectorat d’un côté (de la presse écrite comme des médias audiovisuels traditionnels) et la forte diminution des budgets publicitaires depuis quelques années, de l’autre, rendent inévitable l’invention de nouveaux modèles de financement : économie du clic, modèle de club, micro-paiement, financement par projets, intervention des Etats par de nouvelles subventions, apparition de fondations finançant le reportage et l’enquête journalistique, etc. Ces mutations font converger à nouveaux frais des acteurs clé de l’économie des médias du futur (public, producteurs,pouvoirs publics, militants, etc.).
Ces mutations sont aussi visibles dans les pratiques de réception et de consommation d’information du public. Les nouveaux consommateurs d’information numérique manifestent par leur comportement l’apparition d’une véritable « culture de la convergence » brouillant les frontières entre supports sur le web notamment. Cette convergence de supports s’accompagne souvent d’un recloisonnement des espaces dans lesquels est partagée l’information (réseaux sociaux, fermeture des plateformes « propriétaires » et débat sur la « fin du web »)
L’organisation du travail dans les entreprises médiatiques est elle-même soumise à de fortes mutations : la recomposition de la division du travail liée à l’émergence des « prosumers » ou « consommateurs-producteurs » signalée dès les années 19804 a prisune importance décisive avec le développement de la logique « participative » dans les médias. Ces mutations ont considérablement affecté les acteurs individuels del’information, comme les journalistes, confrontés au risque de « déprofessionnalisation »liés à l’émergence d’une économie recourant de plus en plus massivement aux contenus amateurs d’un côté et aux contenus produits par des agences de communication de l’autre.
» La thématique de la convergence est encore trop souvent traitée sur le mode de l’opposition entre l’ancien et le nouveau et des menaces que ferait peser sur le journalisme la nouvelle économie convergente. Elle doit, estiment les organisateurs de la Chaire, être placée au centre de nos interrogations sur la fabrique de l’information comme des dispositifs pédagogiques que nous inventons pour rendre nos étudiants responsables, autonomes et innovants dans cet univers. L’enjeu est important. Dans une société traversée par cette convergence numérique, la production de connaissances nouvelles sur les outils de la représentation du monde véhiculée par les médias numériques comme l’encouragement à faire de nos étudiants des acteurs capables de s’emparer de ses outils au service du public est une tâche primordiale.
Michel Deprost, à partir du texte aimablement communiqué par Gilles Bastin, directeur du Master de Journalisme de l’IEP de Grenoble.
Projet de Chaire Master Journalisme – Sciences Po Grenoble http://masterjournalismeiepgrenoble.wordpress.com/
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